Affaire Patrik BRUEL - L'association Robin des Lois regrette "la disparition pure et simple de la présomption d'innocence"
Par le biais d'un courrier relayé en mai par un député auprès du ministre de la Justice, l'association Robin des Lois demande à "protéger la présomption d'innocence", que des affaires médiatiques telles que celle entourant Patrick Bruel auraient bafouée. Le collectif féministe Nous Toutes contredit cette affirmation et met en garde.
Cela fait maintenant plusieurs mois que l'affaire Patrick Bruel a éclaté aux yeux du grand public. Le nombre de témoignages faisant état de violences sexuelles commises par le chanteur entre 1991 et 2019 dépasse aujourd'hui la vingtaine. Plusieurs d'entre eux ont été relayés dans la presse. C'est cette médiatisation que déplore l'association Robin des Lois, qui se décrit comme ayant notamment pour objet de "permettre, par tous moyens, de préserver la dignité des personnes poursuivies en justice".
Grâce à l'aide d'un député qui a tenu à rester anonyme, l'association a fait suivre une lettre au ministre de la Justice. Elle l'interroge sur d'éventuelles mesures mises en place "afin de protéger la présomption d'innocence et le régime de la prescription pénale".
"En donnant du crédit à tout ce tribunal populaire, on bafoue la présomption d'innocence"
Derrière cette lettre, on retrouve notamment Maître Emmanuel Ludot. Le très médiatique avocat, connu entre autres pour avoir défendu Dieudonné, Francis Lalanne ou encore Paul Watson, ne mâche pas ses mots au moment d'évoquer ce qu'il considère être des "dérives" sociétales. "Aujourd'hui, on peut vous accuser d'être un agresseur sexuel dans la presse, vous pouvez être traîné dans la boue et même perdre votre emploi avec un simple témoignage", assure-t-il. "En donnant du crédit à tout ce tribunal populaire, on bafoue la présomption d'innocence, qui est un principe essentiel à notre système juridique."
Dans sa lettre, l'association cible notamment la demande formulée par la CGT auprès du ministre de la Culture. Le syndicat avait réclamé que soit réexaminée la licence d'entrepreneur de spectacles accordée à Patrick Bruel et sa société. La CGT avait invoqué le respect des obligations légales en matière de prévention et de traitement des violences sexistes et sexuelles en entreprise.
Le slogan "La Honte doit changer de camp. Victimes, on vous croit !" s’impose désormais comme un principe qui est en train de détruire les principes constitutionnels de la présomption d’innocence et du droit à l’oubli.
Association Robin des Lois
"L’artiste que vous visez est d’ores et déjà sacrifié sur l’autel des tribunaux populaires", répond l'association Robin des Lois. "Il est même question de rajouter des clauses dans les contrats des artistes, de les écarter d’emblée dès la moindre suspicion et dénonciation, même si elle se révèle, après enquête, inexistante. Combien d’artistes ont été sacrifiés de cette façon ? Il n’appartient pas à la CGT de s’emparer de ce rôle de censeur.
Emmanuel Ludot poursuit, accusant l'État de laisser faire une "sorte de justice parallèle". "Dans un monde idéal, les personnes qui se disent victimes porteraient plainte et attendraient que la justice fasse son travail avant de prendre la parole publiquement", ajoute-t-il.
"Il y a plusieurs injonctions contradictoires aujourd'hui en France"
"La présomption d'innocence est un fondement de notre système et on ne souhaite absolument pas la remettre en question". Ces mots, ce sont ceux d'Emmanuelle, membre du collectif féministe Nous Toutes – qui multiplie toujours les actions afin de faire cesser les représentations de Patrick Bruel.
"Cela étant dit, il n'empêche qu'il y a plusieurs injonctions contradictoires aujourd'hui en France", poursuit-elle. "Le gouvernement a appelé à ce que les victimes prennent la parole dans l'affaire Patrick Bruel, mais on ne donne toujours aucun moyen de les accompagner, de les protéger. Ce slogan, critiqué par l'association (Robin des Lois), disant qu'on croit les victimes, traduit bien ce problème : quand une victime prend la parole, on se retourne contre elle, on présume que c'est sa faute si cela lui est arrivé, on critique son comportement ou sa prise de parole. Pour Patrick Bruel [...], on ne peut pas mieux faire. On est à une trentaine de témoignages. La CGT a totalement raison d'interroger le milieu professionnel, c'est dans le droit du travail et à la charge de l'employeur de mettre à disposition un environnement sain et sécurisé pour tous."
La militante confirme que le combat du collectif se poursuivra afin de faire évoluer la société selon différents idéaux décrits longuement sur leur site internet.
Un concert à Reims en octobre ?
L'affaire Patrick Bruel, citée en exemple par l'association aux côtés d'Ibrahim Maalouf ou Gérard Depardieu, concentre déjà l'attention. Même si au moins douze plaintes le visent selon Ouest-France, le chanteur ne souffre d'aucune condamnation pour le moment, pas même une mise en examen. Pourtant, les témoignages des victimes sont de plus en plus nombreux, et tout aussi glaçants les uns que les autres, comme on peut le lire dans cet article de nos confrères de Mediapart.
Par ailleurs, cette enquête de franceinfo (ci-dessous) met en lumière un contexte professionnel inquiétant. "Le but du jeu était de ne jamais se retrouver dans un ascenseur avec lui", confiait notamment une ancienne professeure de l'émission Star Academy.
Source : France3 Region